Parler longuement de Fantômes

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 … Parler longuement de Fantômes …

« Je ne peux plus parler qu’à travers ces fragments pareils à des pierres qu’il faut soulever avec leur part d’ombre et contre quoi l’on se heurte, plus épars qu’elles. »
Philippe Jaccottet, Pensées sous les nuages
« Un peu de jour les a portés, l’absolu de la nuit les reprend que la terre soit douce à ceux qui dorment. »
Claude Esteban, La mort à distance
“Les fantômes dont je parle ne sont pas ceux dont parle le philosophe, mais des fantômes bien plus communs pour un musicien, et qui viennent de la musique même, de son histoire, probablement de mélodies, d’accords qui ne cessent d’habiter sa mémoire : fantômes de Ravel ou de Debussy, fantômes de la nuit d’Henry Dutilleux. Ils sont tout autant une matière où trouver une origine, un écho anticipé, et tout à la fois un aveu d’impuissance. Puis-je m’y soustraire ? Puis-je les oublier dans l’instant de l’écriture ? L’acte de création artistique serait alors conjointement l’acte de convier et celui de repousser des fantômes. Il ne serait pas autre chose que cette “hantologie” de la mémoire musicale.
Parler longuement de fantômes s’attache à des apparitions et à la nature même de ces apparitions, depuis celles quasi textuelles —citations ou intertextes— jusque celles, invisibles et indéchiffrables, où s’origine la matière musicale (mélodies, échelles, accords) ; manière de dire que ce qui importe ce ne sont pas seulement les fantômes, mais les modalités de leurs apparitions et de leurs évanouissements : ainsi ce long contrepoint central construit comme une chambre secrète à partir de fragments mélodiques empreintés à l’histoire et déformés, ainsi cette coda inattendue, où le phénomène hantologique se dévoile, où surgissent nommément chacun de ces fantômes et pour une seule fois reconnaissables.”
Jérôme Combier

Programme

Ludwig Van BEETHOVEN Serioso, quatuor à cordes no. 11 en fa mineur, op. 95 (1810)
Jérôme COMBIER Parler longuement de Fantômes (2014) *
Béla BARTOK Quatuor no. 5 (1939)
Selon les concerts, ce programme autour de l’oeuvre de Jérôme Combier connait plusieurs variations : se référer à l’agenda pour plus de précisions.


QBela_Photo_JeromeCombier_Rome-2008

Création

Jeudi 10 Juillet 2014, 19:00,
Festival D’Art Lyrique d’Aix en Provence

Production

* Commande de musique nouvelle en liberté – Ville de Paris


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Dates

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      … Parler longuement de Fantômes …

      For 250 years, composers find an intimacy and clean austerity in the writings for string quartets that allows them to create the most daring works. The program for this concert is a beautiful illustration of this.
      The Op.95 Quartet of Beethoven is a short work of extreme richness. Often considered a “transitional” piece in the 15-quartet cycle, it starts to germinate all the elements of the last great opuses. The subtitle “Serioso” can be interpreted as descriptive of the general climate of the work: austere and rebellious. The composer’s famous stormy and tormentuous portraits immediately come to the public’s mind.
      Nevertheless we can understand it as the affirmation of a new way of composing that moves through all possible transformations through which music is developed in and raw manner. In this sense, it foretells what numerous 20th century composers have done, for whom musical dialectic moved through the technical development of a strong idea.
      Bartok is frequently considered the continuation of Beethoven through his respective quartets. The sounds are completely different, but the writing has the same beautiful intransigence.
      This attention to form emerging from the development of a small cell is pushed to the extreme in this 5th quartet: one of the artistic peaks of the Hungarian master. We can certainly find the liveliness and authenticity of current Hungarian music, but refined and stylized. This “logic” produced by the material itself, this “structuralism” doesn’t belong solely to Bartok. It draws from ancestral sources to find the catalyst of its modernity.
      To us, it seems that the best homage to give to these two giants of the past is to make their works talk with those of a young creator of our time.
      The music of Jérôme Combier is refined, discrete and sensual. This contrasts with sharp clarity of his two predecessors. Working sound in its poetic dimension, he offers a nearly Asiatic spirituality to introspective works where the microtonality loses the listener’s ear in order to invite them to abandon themselves before reconstructing a sonic world that’s personal to each listener.

      Programme

      Ludwig Van BEETHOVEN Serioso, quatuor à cordes no. 11 en fa mineur, op. 95 (1810)
      Jérôme COMBIER Parler longuement de Fantômes (2014) *
      Béla BARTOK Quatuor no. 5 (1939)


      QBela_Photo_JeromeCombier_Rome-2008

      Premiere

      Thursday, July 10th, 2014
      Art Lyrique Festival in Aix-en-Provence

      Production

      * Commande de musique nouvelle en liberté – Ville de Paris


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